La “people-litique”, misère du journalisme

22/11/2009

Clash Peillon/Royal, réconciliation Bayrou/Cohn-Bendit. La “pipolisation” de l’information met à jour la solitude du journaliste.

Les journalistes ne pensent qu’à ça. L’”information” politique aime parler des conflits de personnes. Vincent Peillon et la “psychiatrie lourde” de Royal, Bayrou qui se réconcilie avec Cohn-Bendit. Les idées, les enjeux disparaissent derrière ce qui ne semble plus être qu’un mauvais épisode de “Dynastie“. La politique n’est plus la “gestion de la Cité”, elle se coupe de tout lien avec la société. Plus elle se “peoplise”, moins elle se politise.

Bien sûr, les conflits de personnes font partie de la vie politique. La politique est indissociable du pouvoir, de l’ambition. Encore faut-il ramener ces questions à leur juste place. Les conflits de personnes sont aussi des conflits d’idées. La relation Bayrou/Cohn-Bendit est aussi la rencontre entre l’écologisme social-démocrate et la démocratie-chrétienne. C’est plus compliqué que de savoir s’ils vont faire une photo ensemble.

Les journalistes vivent dans leur bulle

Évidemment, les politiques jouent sur cela. Les journalistes n’inventent rien. Pour se mettre en avant, ils font de l’esbrouffe, balancent des “petites phrases”. Il y aura toujours un micro ou un bloc-notes pour relayer leurs sorties. Tout le monde y gagne, machin fait la une des journaux et les médias font du buzz pour pas cher.  Par cette dérive commerciale de l’information, la “pipolisation” met à jour la solitude des journalistes.

Le journaliste vit dans sa bulle. Il passe son temps dans les arcanes du pouvoir, à cirer des pompes pour avoir sa “petite phrase” en “off”. Il n’a plus vocation à alimenter le débat public mais à servir de faire-valoir aux ambitions des uns et des autres. Il n’enquête plus, il tend le micro. Ces petites histoires, il les aime parce elles font partie de son univers. Il n’est plus là pour contester le pouvoir mais pour le sublimer.

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Le journalisme, un pouvoir

14/11/2009

On dit que les journalistes sont soumis au pouvoir politique. Mais ils sont d’abord sous l’emprise de leur propre corporation.

Être journaliste, c’est oser affronter le pouvoir. Beau principe théorique qui se vérifie encore trop peu dans les faits. La critique des médias aime dénoncer le manque d’audace des journalistes, leur connivence avec le pouvoir politique. Des remarques justes mais qui cachent l’essentiel. Le premier pouvoir que le journaliste doit affronter, ce n’est pas Nicolas Sarkozy ou le Cac40, c’est le journalisme.

Le journalisme est bien un pouvoir. Non pas un 4e pouvoir qui mettrait en branle les trois autres mais un pouvoir à part entière qui exerce sa domination sur la profession journalistique. Un pouvoir avec ses cadors à la tête des rédactions, cumulant les collaborations radio, télévision, presse écrite. Cadors qui tiennent un système verrouillé, replié sur lui-même. Un pouvoir que les journalistes rencontrent chaque jour.

Briser le “secret de famille”

Le pouvoir médiatique s’exprime d’abord dans des dogmes. Comme celui de l’”actualité”. L””actualité” est vue comme un fleuve contraignant, duquel personne ne peut sortir. Dans cette optique, le “talent” journalistique ne dépend plus que de la capacité à être en tête du troupeau. Le système tend alors à privilégier non pas ceux qui peuvent apporter un “truc en plus” mais ceux qui arrivent le mieux à se couler dans le moule.

L’indépendance journalistique, c’est d’abord contester le pouvoir des cadors médiatiques, leurs dogmes et leur modèle. La critique médiatique  se doit de briser ces règles tacites qui plombent le journalisme. Il ne s’agit plus dénoncer tel ou tel en raison de ses liens trop étroits avec le pouvoir politique mais de briser des croyances partagées et intégrées par les journalistes. Ce qu’il faut abattre, ce n’est ni plus ni moins qu’un lourd “secret de famille”.

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Jean-Jacques Bourdin ou le journalisme bouffon

11/11/2009

L’intervieweur phare de RMC aime poser des questions-pièges aux politiques. Dommage qu’il se limite au rôle d’amuseur public.

Chrisitian Estrosi, ministre de l’Industrie, ne connaît pas le prix du timbre. L”‘information” fait le tour du Web depuis hier. Invité sur RMC, Estrosi n’a pas su répondre correctement à Jean-Jacques Bourdin. Ce dernier avait déjà piégé Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sur le nombre de sous-marins nucléaires d’attaque et Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, sur la définition du web 2.0.

Tout le monde applaudit. La France se réjouit d’avoir des journalistes aussi audacieux. Elle ne devrait pas pourtant. Bourdin excelle plus dans la bouffonerie que dans l’information. Il amuse, fait le buzz mais rien de plus pour éclairer le citoyen. Bourdin en ressort quand même gagnant. Dans un univers journalistique de plus en plus consensuel et sclérosé, il en faut peu pour passer pour le trublion de service.

La défaite de l’information

Son style pose toutefois problème. Bourdin débarrasse la politique de toute dimension idéologique, de pouvoir pour la ramener à une finale de “Questions pour un champion”. Peu importe si la Poste sera ou non privatisée, le plus grave est qu’Estrosi ne sache pas le prix du timbre. Au fond, le ministre perd peu dans cette histoire. Mieux veut passer pour un idiot sur la Toile que pour un malhonnête face aux élus et aux salariés de la Poste.

La contestation du récit de Nicolas Sarkozy sur “sa” chute du Mur de Berlin relève de la même logique. On en fait une affaire d’Etat alors que tout cela ne prête qu’à rire. “Enquêter” sur la véracité des dires présidentiels devient un prétexte pour justifier sa carte de presse alors que d’autres mensonges sont passés sous  silence. Le style Bourdin, les sujets sur le Mur sarkozien n’ont en fait qu’une seule fonction : masquer la défaite de l’information.

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Comment Sarkozy relance la lutte des classes

07/11/2009

La politique économique du Gouvernement aura une grave conséquence : monter les gens les uns contre les autres.

La taxation des indemnités pour les accidents du travail est en bonne voie. Un amendement a été voté en commission à l’Assemblée. Dans le même temps, on apprend qu’un allègement fiscal sur les plus-values a coûté 20,5 milliards d’€ depuis 2008. Autre information : la Société Générale vient de voir son bénéfice net augmenter de 132% au troisième trimestre. Enfin, on lit que l’Elysée a dépensé près de 3,3 millions d’€ en sondages en 2008.

Economiquement, ces différentes informations n’ont bien sûr rien à voir entre elles. Politiquement, c’est autre chose. En pleine crise économique, les avantages accordés aux plus riches, les folles dépenses du pouvoir ont un écho particulier dans la population. Quelque soit leur justification économique, de telles nouvelles ne feront que renforcer l’image d’un pouvoir cupide au service des seuls plus riches.

Flatter les clientèles

Le risque, voulu ou non, c’est de monter les gens les uns contre les autres. Rien d’étonnant face à une politique économique brouillonne et clientéliste. Inutile d’y déceler un quelconque projet politique au service du collectif. Juste un amoncellement de tactiques  et de fausses promesses pour sauver la face entre deux sondages. La baisse de la TVA dans la restauration, qui n’a profité qu’aux tenanciers, en est un autre exemple.

Le message gouvernemental en ressort brouillé. D’un côté, on nous brandit des discours grandiloquents sur l’identité nationale. De l’autre, les politiques menées balkanisent le pays.  Les slogans sur l’”ouverture” et le fameux “ensemble, tout devient possible” ne sont que du vent. Nicolas Sarkozy est un homme politique clivant qui ne peut rassembler. C’est toujours le chef de l’UMP mais pas encore le chef de l’Etat.

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Les journalistes sont des guignols (et inversement)

01/11/2009

Quand les comiques dérangent, les journalistes sombrent dans la médiocrité. Le contre-pouvoir a changé de camp.

Nicolas Sarkozy voudrait s’en prendre aux “Guignols de l’Info”. Scandale ! On s’insurge, on s’indigne. Et on a raison. Même si ce ne sont que des rumeurs, toute attaque contre la liberté de création est à combattre. Mais, au delà de la polémique, une autre pensée vient à l’esprit. Les comiques qui traitent de l’actualité, comme les “Guignols” ou Stéphane Guillon, ont aujourd’hui dépassé leur fonction. Ils sont devenus, volontairement ou non, des contre-pouvoirs.

Ce n’est pourtant pas leur but. Le but d’un comique, c’est de faire rire, faire rire en dénonçant, mais faire rire. Ils jouent un rôle, ils sont dans la provocation, l’outrance. Ils ne sont pas là pour raconter le monde tel qu’il est mais pour le sublimer, le caricaturer, le montrer plus bête, plus grossier, plus drôle qu’il ne l’est. C’est sans doute ce que leurs détracteurs, qui prennent leurs œuvres au 1er dégré, n’ont jamais compris.

Les médias ont laissé un vide

Ce n’est pas le cas des journalistes. Notre mission est d’informer, afin d’éclairer le débat public. Nos propres méthodes, l’enquête, le reportage, n’existent que parce que nous sommes là pour dire le monde tel qu’il est. Face à la propagande, aux coups politiques, nous devons opposer des faits. Le journalisme, c’est empêcher quiconque de dire que deux et deux font cinq, c’est faire en sorte que le pouvoir ait en permanence des comptes à rendre.

Jolis principes. Dans la réalité, ils n’existent que sur le papier. C’est la raison pour laquelle les comiques type “Guignols” et Guillon ont tant de succès. Ils profitent d’un espace laissé vide par des médias qui manquent cruellement de pertinence et d’impertinence. C’est désormais chez eux qu’on  va chercher une critique du pouvoir. Les rôles sont inversés. Ce sont les comiques qui dérangent et les journalistes qui font rire. Dommage que ce soit à leurs dépens.

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Communication n’est pas persuasion

25/10/2009

Les politiques veulent tous maîtriser leur communication. Même si cela peut se résumer à pisser dans un violon.

Jean Sarkozy a cru pouvoir résister. Il s’est planté. Jeudi, il a dû se résoudre à refuser la présidence de l’Epad. Les pressions médiatiques, politiques étaient trop fortes. Aidé par les communicants dépêchés par son père, comme l’a montré Le Monde, il a cru pouvoir lancer une contre-offensive. La Sarkozie s’était levée comme un seul homme contre la polémique. La communication était verrouillée. Mais rien n’y a fait.

C’est un mythe sarkozien qui tombe. Un discours médiatique bien rodé, la télégénie ne suffisent pas pour conquérir l’opinion et écarter ses adversaires. Les médias ne font pas tout. De là, un autre mythe sarkozien tombe. Le jeu politico-médiatique est un jeu que personne ne maîtrise. Même pas Nicolas Sarkozy. La polémique autour de son fils devrait lui apprendre quelque chose. La communication sert plus à contenir un incendie qu’à l’éteindre.

Les médias ne font pas tout

Cela ne vient pas seulement de la force de la contestation. Mais aussi (et surtout) des propriétés des mondes politiques et médiatiques. Deux champs qui peuvent interagir mais ont leurs règles propres (la conquête du pouvoir, la course au scoop…). Pour s’imposer, la communication verticale de A vers B ne suffit pas. On n’agit pas face à un seul homme mais dans des terrains de jeu complexes, aux acteurs multiples, comme dans un jeu de stratégie qui fait mal à la tête.

Face à une crise, devenir le maître du jeu tant dans les médias qu’en politique est une utopie. C’est vouloir gagner une partie de Risk en deux coups. Les paramètres du jeu sont trop nombreux et trop divers. La vigueur de l’opposition, l’audace des grands médias, le cynisme des opposants internes… On fait face à des équations à plusieurs inconnues, des mécanismes d’horlogerie tordus. Et malheureusement pour Jean Sarkozy, il ne s’agit pas de Swatch.

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François Hollande prend (enfin) la tête du PS

18/10/2009

L’ex-leader du PS veut une grande réforme de la fiscalité. Étonnant pour celui qui fut partisan du consensus mou pendant 11 ans.

“Flamby” est de retour. L’ex Premier secrétaire du PS (1997-2008) François Hollande a lancé une offensive médiatique sur le thème de la fiscalité ces derniers jours. Mardi dernier, il  tenait une conférence de presse. Samedi, il organisait une réunion de son club “Répondre à gauche” à Périgueux. Sans oublier des interviews à France Info, Europe 1, Libération et le JDD. Son idée phare : “regrouper l’impôt sur le revenu actuel, la CSG, la prime pour l’emploi et la taxe d’habitation”.

Ne soyons pas dupes. Si Hollande se met à faire des propositions, c’est par pur esprit politicien. Son but : se placer à l’avant-garde, occuper l’espace. Au moment où l’ex-leader du PS réunissait ses proches à Périgueux, sa successeur Martine Aubry cogitait sur l’emploi avec les partis de gauche à Paris. Seul petit accroc dans son plan média : la polémique sur Jean Sarkozy qui a pris le pas sur les thèmes fiscaux. Mais c’est toujours un sujet de discussion de plus.

Flamby est de retour

Celui qu’on surnommait “Flamby” quand il dirigeait le PS a changé de stratégie. Après avoir privilégié le consensus mou, il a choisi de partir à l’offensive. Et tant pis, s’il tombe dans la grande hypocrisie. Vendredi, dans Libé, il affirmait que “la gauche a trop longtemps été frileuse” sur la fiscalité. Mais à la tête du PS,  il a laissé son parti dans l’atonie intellectuelle la plus totale faute de vouloir trancher, d’assumer son leadership. Avec le succès électoral que l’on sait.

Redevenu libre, il ose parler et faire des propositions.  Ironiquement, c’est après avoir quitté son poste qu’il s’affirme pleinement comme leader politique. Un leader offensif qui n’a pas peur de choquer. Rien à voir avec le Hollande mou de la Rue de Solférino. Dommage que ses idées n’aient pas germé quand il était patron du PS.  Sa nouvelle stratégie donne l’impression qu’il préfère sa propre pomme aux intérêts de son parti. Un vrai leader socialiste en somme.

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Internet n’est qu’une mise en scène de la nature humaine

11/10/2009

Le Web est souvent stigmatisé pour ses trolls et autres sites orduriers. Mais la connerie humaine n’est pas née sur la Toile.

Abordez un sujet sensible sur la Toile et c’est la déferlante dans les commentaires. Pédophilie, religion, extrême-droite… Autant de thèmes qui attirent les trolls en tous genres. Votre serviteur en a fait l’expérience. Bien sûr, il existe des gens qui répondent et critiquent constructivement. Mais ils sont noyés dans la masse, pris dans une “flame war” qui dépasse les limites du supportable. Rien qui ne donne envie de débattre sereinement.

Internet est traversé par un cruel dilemme. Sa logique de partage et de débat est à la fois son meilleur atout et son pire défaut. La plus grande menace contre Internet, ce n’est pas Hadopi ou Denis Olivennes, directeur du Nouvel Obs, mais Internet lui-même. S’y expriment tant de belles plumes qu’une “débilosphère” qui érige l’insulte ordurière en sport national. “Débilosphère” qui tend à devenir la seule chose à retenir du Net pour certains.

Débilosphère

Une analyse trop simpliste. Internet n’a pas inventé la connerie humaine. Le racisme, l’injure existaient bien avant. Ils obtiennent juste une  nouvelle tribune. Il en reste que les côtés les plus sombres de l’humanité y trouvent un écho plus important que dans “la vie réelle”. La croyance en un anonymat théorique, la possibilité de s’adresser à un large public amplifiant la voix de ceux qui pensent pouvoir dire tout et (surtout) n’importe quoi en toute impunité.

Mais tout cela n’est qu’une mise en scène. Et c’est une adaptation, pas une création originale. L’adaptation d’une œuvre  très ancienne : la nature humaine.  Ce n’est pas une copie exacte mais on n’invente rien à la base. Le Net est une chose complexe. Complexité qui n’est qu’un reflet légèrement déformé de la complexité humaine. Internet n’existe pas en lui-même, ce n’est qu’un moyen. C’est à ses usagers d’en faire ce qu’ils veulent. Pour le meilleur et pour le pire.

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“Fachosphère” : ma réponse personelle à la polémique

08/10/2009

Suite à un de mes articles paru sur l’Express.fr, des commentaires déchaînés m’accusent de tous les maux. Il me fallait répondre.

Tout d’abord, veuillez notez que je m’exprime ici en mon nom propre. Ma réponse n’engage aucunement L’Express.fr. Preuve que même stagiaire, je garde un minimum d’autonomie intellectuelle, au moins sur ce blogue.

Mais revenons à notre sujet. Mardi est paru sur l’Express.fr, site où j’officie comme journaliste stagiaire, un article signé de mon nom intitulé “La fachosphère accuse Frédéric Mitterrand de pédophilie“. Lisez le (en entier) je vous prie. Pour résumer, l’article en question remontait le fil des accusations de pédophilie portées par Marine Le Pen, vice-présidente du FN, contre le ministre de la culture Frédéric Mitterrand se basant sur des extraits d’un de ses livres.

L’article montrait le rôle moteur qu’a eu la “fachosphère“, mouvance de sites et blogues d’extrême-droite dans la propagation des dits écrits. D’où le titre si décrié. De là, des commentaires violents ont fleuris sous l’article en question et ici même. L’Express.fr étant accusé au mieux de cirer les pompes de Mitterrand au pire d’apologie de la pédophilie. D’autres estimaient qu’on n’est pas forcément d’extrême-droite si on dénonce les propos de Mitterrand.

Répondons point par point à ces accusations.

1) Votre titre est mensonger ! Je ne suis pas un “facho”, je suis de gauche et je dénonce les écrits de Mitterrand !

Si j’écris “Les lepénistes aiment le cassoulet”, est-ce que je dis que tous les amateurs de cassoulet sont des lepénistes ? Non. Si tous les chats sont mortels et que Socrate est mortel, est-ce que Socrate est un chat ? Non (Respect à Eugène Ionesco).

De même, si la “fachosphère” accuse Mitterrand de pédophilie, tous ceux qui accusent Mitterrand ne sont pas tous membres de la “fachosphère”. Le raccourci sur ce titre viendrait plutôt de quelques commentateurs outrés.

Mais le fait est que, comme je l’ai écrit, la “fachosphère” a eu un rôle amplificateur majeur dans la diffusion des écrits controversés. Pour ça, il aurait fallu aller au-delà du titre et lire l’article dans sa totalité. C’est trop facile après de me donner des leçons de déontologie ou d’honnêteté intellectuelle.

2) Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express, est un ami de Carla Bruni-Sarkozy. Cette dernière aurait fait engager Frédéric Mitterrand au Gouvernement. Pour Barbier, les amis de ses amis sont ses amis, alors il a fait écrire un article par un stagiaire sans pouvoir pour plaire à Mitterrand.

Une thèse qui va au delà du ridicule. Sur l’indépendance intellectuelle de l’Express en général et de Christophe Barbier (avec qui je n’ai jamais discuté) en particulier, je ne répondrai pas ici vu que je ne parle qu’en mon seul nom.

En ce qui me concerne, il ne suffit pas qu’un seul homme appuie sur un bouton pour que les stagiaires fassent là où leur dit de faire. Écrire un article est bien plus compliqué que cela. Sur cet article et bien d’autres, il y a des interactions, des échanges au sein de ma rédaction qui font que les intervenants autour de ma personne sont multiples. Le processus est trop complexe pour le ramener à une simple commande d’un état-major qui veut protéger ses amis.

3) Tu n’as que 24 ans, tu n’es que stagiaire, tu ne connais rien à la vie et à la politique ! Tu fais ça pour te faire remarquer ?

Ai-je écrit cet article pour me faire mousser auprès de ma direction et obtenir un CDI ? Si c’était aussi facile, la situation sociale des jeunes journalistes s’en porterait bien mieux.

Pour le reste, oui, je suis jeune et je ne suis que stagiaire. Mais plutôt que de juger ma petite personne, jugez le fond de l’article, c’est une démarche nettement plus constructive.

4) Si vous avez fait cet article, c’est parce que vous cautionnez la pédophilie et le tourisme sexuel ! (version soft de plusieurs commentaires)

Mon article ne cautionne rien. Il n’approuve ni accable la personne de Frédéric Mitterrand. Le fait que le ministre soit pédophile ou non n’a rien a voir avec le fond de l’article. Son but était de remonter le fil des accusations contre Mitterrand et d’expliquer comment des rumeurs diffusées sur des commentaires de blogues sont devenus une affaire politique sur France 2. Rien de plus et rien de moins.

Voilà.

Je n’imagine pas que ce billet calmera les trolls en tous genres. Mais j’aurais au moins avancé mes arguments. Sur cette affaire, certaines personnes m’ont parlé constructivement, d’autres non. C’est pour cela que j’ai décidé de passer (temporairement) à la modération a priori pour les commentaires de ce blogue. Ils ne seront publiés qu’après validation de ma part. Qu’on se le dise.

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PS : quand le virage à gauche devient une impasse

29/09/2009

Benoît Hamon veut un PS plus à gauche. Pourquoi pas. Sauf que le concept de gauche ne va plus de soi.

Les derniers résultats électoraux ont donné du grain à moudre aux partisans d’une “gauchisation” du PS. A Corbeil-Essonnes, le candidat soutenu par le PCF a dépassé celui du PS. Ailleurs, même constat. Défaite du SPD en Allemagne avec une montée de Die Linke, poussée du Bloc de gauche au Portugal. Sur Rue89, Hamon, porte-parole du PS, a réagi aux résultats allemands et accuse le virage à droite du SPD.  Il en appelle au rassemblement des forces de gauche.

Mais le problème n’est pas là. C’est la définition même du clivage droite/gauche qui est en cause. Il s’est construit sur les oppositions idéologiques de l’Etat contre le Marché,  sur la défense des “classes populaires”. Être plus à gauche signifierait donc défendre beaucoup plus l’Etat et les “classes populaires”. On garde le même écran, il n’y a que la résolution qui change. Le curseur bouge, pas le compteur.

Un myope avec des lunettes d’hypermétrope

Une voie sans issue. Ces concepts sont dépassés. La régulation économique ne se limite plus au rôle de l’Etat. Les intervenants se multiplient. Les collectivités locales, l’Union européenne, le G20…  De même, le terme “classes populaires” cache mal une population très hétérogène : jeunes sans diplômes, “intellos précaires“,  immigrés en HLM, ouvriers, “mal logés”…  Saisir cette multitude sous un même vocable  sans penser sa complexité est une chimère.

Le PS est un myope avec des lunettes d’hypermétrope. Changer son seul degré de correction serait vain. Son vrai problème, c’est sa difficulté à comprendre la complexité du monde. La solution n’est pas non plus le virage à droite. On ferait la même erreur mais à l’envers. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de défendre l’Etat ou le Marché mais de penser la multiplicité des acteurs économiques. Il ne s’agit plus d’apporter de nouvelles réponses mais de reposer la question.

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